PENSEE JUIVE 8 / Judith Butler à propos de « Je suis l’une des leurs voilà tout  » d’Hannah Arendt. – Les devenirs de la philosophie à Paris

cholem alla jusqu’à attaquer les motivations personnelles d’Arendt : « Dans la tradition juive, il existe un concept assez difficile à définir et pourtant tout à fait concret, connu sous le nom de Ahabath Israel : « l’amour du peuple juif «. Chez vous, chère Hannah, comme chez beaucoup d’intellectuels issus de la gauche allemande, j’en trouve peu de traces. « À cela, Arendt répond, après avoir contesté avoir appartenu à la gauche allemande (et, en effet, elle n’avait rien d’une marxiste) :

« Vous avez parfaitement raison : je ne suis pas animée par un tel « amour «, et cela pour deux raisons. De ma vie, je n’ai jamais « aimé « aucun peuple, ni aucune collectivité, ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni quoi que ce soit de semblable. Je reconnais que je n’aime en effet « que « mes amis, et que la seule sorte d’amour que je connaisse et en laquelle je crois est l’amour pour des personnes. De plus, cet « amour des Juifs « m’apparaîtrait, à moi qui suis juive, comme assez suspect. Je ne peux m’aimer moi-même ou aimer quoi que ce soit dont je sache qu’il fait partie de moi. Pour clarifier ce que j’entends par là, j’évoquerai une conversation que j’ai eue en Israël avec une personnalité politique de premier plan qui défendait l’absence de séparation entre la religion et l’État en Israël, une situation qui me paraît désastreuse. Je ne me souviens plus des mots exacts qu’elle employa, mais [elle] dit quelque chose comme : « Vous comprendrez bien que, en tant que socialiste, je ne crois bien sûr pas en Dieu ; je crois au peuple juif. « Je fus particulièrement choquée par cette affirmation, ce qui m’empêcha d’y répondre sur le moment. Mais j’aurais pu lui répondre ceci : la grandeur de ce peuple a été autrefois de croire en Dieu, et de croire en Lui de telle manière que sa confiance et son amour pour Lui étaient plus grands que sa peur. Et maintenant ce peuple ne croit plus qu’en lui-même ? Mais qu’est-ce qui pourrait bien sortir de bon de cela ? Eh bien, je n’« aime « pas les Juifs en ce sens-là, et je ne « crois « pas non plus en eux ; je suis l’une des leurs, voilà tout, cela relève de l’évidence, et ne peut prêter à discussion. «

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